Notre itinéraire entre Carthagène et Medellin ne devait pas se faire si direct. Après avoir échangé avec plusieurs locaux et notamment le gérant de notre hostel à Playa Blanca, Julien se dit bien qu’il faudra faire un trait sur notre itinéraire théorique, du fait notamment qu’il passe par le Nord de Santander où se passent beaucoup de trafics donc où il y a potentiellement présence de groupes armés/guerillas.

Notre article sur comment nous nous sommes assurés de notre sécurité en Colombie bientôt en ligne !

Pour connaître notre itinéraire réel, tu peux consulter cette carte

Carthagène – Playa Blanca – Cruz del Viso – San Onofre

On arrive à Carthagène en bus ! Nous nous sommes rendus à « La Terminal » de Bogotà, pris la compagnie Berlinas. Nous n’avons pas pris les billets à l’avance car étions chargés de nos vélos et bagages en nombre : nous allions voir avec le conducteur directement le jour du départ. Nous payons donc 100 000 pesos pour faire Bogotà-Carthagène par personne et avons négocié 60 000 pesos pour les vélos – somme qui est allée directement dans la poche des deux conducteurs. Avec le recul, nous pensons que cette somme est très élevée. 😊

Dans certaines villes (Medellin par exemple), il y a plusieurs terminaux en fonction de la destination.

A la sortie du bus, nous découvrons quelques mauvaises surprises : nous avions mis deux roues l’une contre l’autre : les rayons de l’une se sont pris dans la cassette de l’autre et l’axe de l’une des deux roues était tordu. Notre conseil : ne jamais faire cela et bien protéger les éléments sensibles.

Nous prenons donc la route depuis Carthagène vers Playa Blanca, la sortie de la ville est assez rock’n’roll – nous faisons quelques erreurs en se laissant guider aveuglément par notre application GPS Osmand+ qui semble couper au plus court : nous rentrons dans des quartiers qui ne nous semblent pas très sécurisés. D’ailleurs un homme en moto nous interpelle et nous déconseille vivement de ne pas continuer sur notre itinéraire et de faire demi-tour. Non moins rassurés, nous nous arrêtons donc le temps de re-réfléchir au tracé via Google Maps (nous donnant une meilleure vision d’ensemble) et quittons la ville sans encombre. Cette première expérience de sortie de ville restera gravée dans notre mémoire pour les suivantes : nous ferons différemment par la suite !

Tu veux voir à quoi ressemble notre arrivée à Cartagène ? Jette un petit coup d’oeil à notre épisode vidéo 

La chaleur est écrasante et les premiers coups de pédale sont rudes : nous sommes partis assez tard (avons dû attendre que l’orage passe le matin) et les températures sont vite grimpées (35 degrés). Nous buvons beaucoup.

Nous passons notre premier péage, nous demandant s’il faudra s’acquitter d’une somme : non ! nous passons sur le côté droit comme les motos et payons avec un grand sourire 😊

A la sortie de Playa Blanca nous prenons la route 90 jusqu’à Sincelejo qui est en assez mauvais état (septembre 2019) et beaucoup de portions sont en travaux. Les péages sont tout de même toujours en vigueur malgré les gros ralentissements. Beaucoup de ferrailles se trouvent sur le côté de la route et nous en faisons les frais avec une crevaison. Malheureusement notre colle est sèche, nous réparons de façon système-D avec du scotch « duct tape » : ça tiendra bien les 30km restants !

Les zones traversées sur la portion nous semblent très pauvres : nous remarquons l’inactivité des gens qui ne semble vivre de rien. Les maisons avec les murs de terre et de bâche plastique s’alignent sur notre passage et nous prenons la mesure de cela à nos dépends. Nous saluons pourtant tous ceux que nous croisons d’un « hola » ou d’un « buenos dias » accompagné d’un sourire mais nous nous rendons compte que nombre d’entre eux n’ont même pas la force de sourire à une vie qui semble se réduire à attendre les jours qui passent. Nous avançons plutôt bien, le relief est plat et malgré la chaleur nous faisons entre 60 et 70 km par jour.

Nous croisons aussi beaucoup d’enfants la journée, en âge d’aller à l’école. Nous nous renseignons donc sur le taux d’alphabétisation de la population colombienne et découvrons un 95%… nous sommes dubitatifs. Beaucoup d’enfants travaillent dans les petits commerces avec leurs parents. Nous nuancerons ce constat en comprenant qu’il y a deux horaires pour l’école : certains y vont le matin, d’autres l’après-midi ; cela renforce d’ailleurs la difficulté à comptabiliser les présences et par conséquent d’avoir des données fiables sur le taux de fréquentation de l’école.

Sincelejo – Sahagun – La Apartada – Caucasia – Puerto Valdivia

On retrouve les mêmes paysages entre San Onofre et Sincelejo mais à partir de la région de Sucre nous constatons la présence de fermes (finca ou hacienda) et de plantations : le sol est exploité et cela permet aux populations de vivre de quelque chose. Nous retrouvons cela dans les sourires des gens. Nous échangeons sur ce point avec nos hôtes de Sincelejo qui nous indiquent que la différence entre la région de Sucre et de Bolivar est le niveau de corruption. Pour faire simple, les politiques locaux font très peu pour remonter le niveau social en Bolivar tandis que la région de Sucre y serait plus vigilante. Nous comprendrons par la suite que cette triste dynamique de corruption politique en Colombie est récurrente et affecte beaucoup la vie des populations de façon négative. De nombreux colombiens souhaitent sortir de cela et nous recevons beaucoup de témoignages de volonté d’espoir d’un pays différent – il s’agit là de renverser une tendance qui existe depuis si longtemps. Nous nous passionnerons alors de l’histoire de ce pays et les discussions avec les locaux nous donneront envie de parler de la Colombie autour de nous sous ses aspects les plus positifs : sa grande biodiversité, l’accueil de sa population et la volonté d’un avenir meilleur.

Nous aurons la chance de partager un weekend avec la famille de Alex à Sincelejo, rencontré dans un restaurant un midi. Nous passons donc trois nuits et deux jours entre leur maison à Sincelejo et leur ferme (finca) à quelques kilomètres de là. Certaines familles colombiennes disposent d’une maison de weekend qu’ils appellent finca où ils vont passer du bon temps en famille le weekend – la plupart du temps cette ferme est habitée par une famille qui travaille et garde en bon état la propriété. Nous découvrons alors une jolie petite propriété construite et améliorée au fur et à mesure des années par Alex et sa famille.

Un weekend à la finca

Nous croiserons plusieurs mères-enfant sur notre trajet. La Colombie fait partie des pays où 20% ou plus des femmes de 20 à 24 ans signalent avoir mis un enfant au monde avant l’âge de 18 ans. Nous irons relever les prix des préservatifs dans les supermarchés qui nous semblent – comme le prix des médicaments – absolument exorbitants par rapport au niveau de vie local. Cela explique en partie les chiffres autour de la maternité de ces adolescentes. Ce rapport nous en dit un peu plus.

Cet épisode familial passé, nous reprenons la route, avalons les kilomètres jusqu’à Caucasia où nous dormirons une nuit dans la base militaire pour des raisons de sécurité. En effet, la zone entre Caucasia et Puerto Valdivia est touchée par des plantations de coca et le major du camp préfère nous voir partir tôt le lendemain pour s’assurer de ne pas faire de mauvaise rencontre. Consultez notre article sur comment nous nous sommes assurés de notre sécurité en Colombie bientôt en ligne !

Nous passerons alors une après-midi et une soirée avec les soldats, à échanger sur notre voyage et sur les missions qu’ils opèrent sur le territoire afin de faire régner la paix. La triste histoire de la Colombie autour de la coca est immense, longue, complexe et il est parfois difficile de ne pas prendre parti. Camille se contente d’écouter, Julien pose beaucoup de questions et entre en débat, ce qui n’est pas pour déplaire à certains locaux qui ouvrent volontiers des discussions animées autour du passé et du futur de leur pays.

Notre jeu de société de voyage Qwirkle passionne les soldats

Une fois à Puerto Valdivia nous passons le rio Cauca – son ambiance moite et la griseur de ses populations nous lasse quelque peu. Nous rencontrons tout de même sur le chemin un grand-père tenant une tienda, gagnant sa journée au jour le jour, heureux de nous voir découvrir son pays à notre façon et comprenant assez vite les avantages et inconvénients de notre mode de déplacement.

Les rivières sont synonymes d’abondance : son eau permet aux cultures de pousser correctement – et parfois fait le bonheur des chercheurs d’or de la région ! les mines d’or dans la zone traversée sont exclusivement gérées par des entreprises privées internationales. Cependant, nous découvrons des acheteurs d’or ayant pignon sur rue dans Puerto Valdivia et nous interrogeons sur leur légalité, c’est légal ! En effet, il n’est pas interdit de vendre et d’acheter de l’or. Toutefois, les chercheurs d’or illégaux de cette zone continuent de vendre leurs trouvailles dans ces boutiques, sous les yeux de la police qui savent pertinemment que cet or servira d’une manière indirecte à financer les activités des groupes armés sur place qui vont racheter cet or intraçable pour s’armer.

C’est donc avec joie que nous passons ce village et entrons dans un environnement que nous attendions depuis longtemps : la montagne !

Valdivia – Yarumal – Santa Maria de Osos

C’est la résurrection malgré les grimpettes costaud du début : nous retrouvons la bienveillance, l’adjectif « peligroso » n’est plus sur toutes les bouches. Il fait frais et puisque nous sommes au début de la saison des pluies, il y a souvent de gros orages le soir. Nous apprécions de rouler en toute tranquillité.

Nous prenons également goût à nous asseoir sur les places de village (parque) pour y découvrir une vie de village animée, entourée de commerces et de bancs publics beaucoup fréquentés par les habitants. Nous nous laissons aborder par tout plein de colombiens curieux de notre équipement, nous prenons alors le temps de leur raconter notre projet, beaucoup d’entre eux rient et se demandent d’où nous venons. Notre drapeau français est une bonne entrée en matière pour commencer la discussion. Nous prendrons alors l’habitude d’aller jusqu’à ces places en fin de journée pour trouver notre lieu de villégiature pour la nuit.

Autour de Santa Maria de Osos, nous croisons beaucoup de laiteries détenues par des entreprises internationales comme Colanta (néerlandais) : nous retrouvons un peu de notre pâturage français ! l’herbe est bien verte et nous croisons la race de vaches Holstein, cela change des vaches Brahman à bosse dans le bas de la vallée.

les pâturages de haute montagne

La présence de ces laiteries et grandes fermes initie aussi le défilement de gros 4*4 : la richesse est là ! beaucoup de riches propriétaires disposent de plusieurs fermes, le business du lait est assez important dans cette région. En même temps, il faut bien du lait pour déguster le bon cafe con leche (café au lait) colombien ou bien son délicieux chocolate con leche (chocolat au lait)

Nous redescendrons rapidement vers Medellin mais ferons d’abord la connaissance de Sabrina & Florian, en tour du monde depuis 1 an pour Florian (il ramasse des déchet sur son trajet avec son projet Cycleantrip), Sabrina l’a rejoint à Santiago. Grâce à l’accueil chaleureux de deux retraités nous avions chambre avec vue !

la vue depuis notre logement avant Medellin
Nos hôtes Lillier et Olga & nos copains Sabrina et Florian

Nous passerons une bonne soirée ensemble avant de retrouver la capitale de l’Antioquia, la fameuse Medellin.

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