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Cette fois, adieu les déplacements à plus de 30 km/h, nous nous déplaçons à vélo. A découvert, plus de vitres teintées des taxis : on nous voit et nous les voyons. L’approche est alors tout autre, d’autant plus que nous arrivons en bus à « La Terminal », à 10km du centre historique et touristique, là où nous logerons. 10km de réalité en pleine face : on nous conseille de rester sur les axes principaux, Carthagène peut se révéler très « caliente ». Mais qui sont les carthagénois ? Nous voulons savoir et comprendre. Y’a-t-il seulement une unité ? Nous entamons notre voyage à vélo avec le sentiment de ne pas savoir ce que « peligroso » (dangereux) veut vraiment dire de la part des colombiens rencontrés à Bogotà. Nous nous disons que la valeur de leurs conseils est similaire à des conseils de parisiens nous expliquant comment vivent les Brestois – peut-être ?

Cette page tournée nous vient à nous demander ce que nous représentons : des « gringos » avec des vélos bourrés de matériel technique et onéreux, des proies à la délinquance ? ou bien simplement des gens de passage à qui on fera signe avec bienveillance – ce que nous voudrions représenter en fait. Malheureusement la traversée de Carthagène ne nous fait pas ressentir cette bienveillance pendant plusieurs kilomètres, à défaut nous nous sentons comme des bêtes en proie à la curiosité intéressée. Un homme arrête Julien sur le chemin, lui demandant à quoi sert l’appareil fixé sur son guidon (son téléphone qui sert de GPS), je fais signe à Julien de ne pas s’arrêter et de continuer – la crainte se lit sur mon visage c’est certain. Et ce n’est pas cette peur qui nous apportera la bienveillance. Peut-être s’agissait-il d’une curiosité sans attente. C’est ça la claque : nous ne maîtrisons pas notre image, ce que nous renvoyons. Nous nous voyons comme des voyageurs, des gens de passage, nous pensant modestes mais en voyant nos semblables tout le long de cette avenue Pedro Heredia, nous pensons alors ne plus être si modestes mais des sacs de dollars américains sur pattes. Nous avions pensé à un équipement de qualité pour nous sentir le mieux possible pendant notre voyage mais n’avions pas beaucoup pensé à l’image que nous renverrions. Eh bien nous l’apprenons à nos dépends dès les premiers coups de pédale.

Nous nous baladerons dans les quartiers du centre historique et de Getsemani pendant deux jours. Ce quartier colonial inscrit au patrimoine mondial de l’humanité ne laisse pas indifférent lors d’une ballade au détour de ce dédale de ruelles colorées et dont les murs représentent des toiles vierges pour les artistes de street art. Ce quartier si beau soit-il, est le théâtre de déambulation de touristes en masse et uniquement de touristes. Il est en effet prévu à cet effet avec ses restaurants et ses magasins américanisés / européanisés autant dans les prix que dans ce qu’ils offrent. Par conséquent, les colombiens ont déserté ce quartier et ne le fréquentent que pour faire vivre le tourisme. Le plus beau quartier de cette ville colombienne sans habitants colombiens, est-ce de bon augure ? Je vous laisse répondre à cette question. Nous prendrons ensuite la direction de Playa Blanca à 45km de Carthagène pour se baigner au moins une fois dans la Mer des Caraïbes.

Street art inspirant à Carthagène, quartier Getsemani

L’expérience à Playa Blanca (île de Baru) est inédite, nous dormirons dans une cabane en bois surélevée au bord de la plage pendant deux nuits (d’orage). Les sollicitations sur cet endroit très touristique nous rappellent les vendeurs ambulants au Sénégal qui souhaitent nous vendre bracelets et breloques diverses. Nous nous surprenons tout de même à engager une conversation profonde avec l’un d’entre eux qui nous demande « comment va la révolution en France », ce à quoi nous répondons « nous en parlerons à nos ancêtres », avant qu’il nous reformule « la révolution des gilets jaunes » ! Interpelés par la vision de cet évènement social en France vu de l’autre côté de l’Atlantique, nous sourions et échangeons sur les problèmes rencontrés par les populations de nos pays respectifs et conclurons tout de même sur le fait que la France est un pays où la circulation est aisée et que les perspectives de paix de la Colombie doit encore faire son chemin.

Playa Blanca, isla de Baru

Ce qu’on a aimé :

  • La singularité du quartier Getsemani, ses couleurs, la vie nocturne et diurne
  • Le street art mis en valeur portant des messages inspirants
  • La conservation du patrimoine (bien que nous ayons croisé quelques maisons à l’abandon)
  • L’ambiance nocturne de la Plaza de Trinidad (s’asseoir et boire une bière, discuter avec les inconnus)

Ce qu’on a moins aimé :

  • Les prix démesurés (3 fois plus cher voire plus par rapport à 40km plus loin)
  • Les pourboires largement suggérés sur les notes alors que cette pratique n’est pas usuelle dans les restaurants familiaux du reste de la Colombie
  • La chaleur étouffante à tout moment de l’année
  • L’inaccessibilité des quartiers touristiques aux locaux (prix démesurés pour le niveau de vie local) et vice versa pour les touristes qui ne peuvent séjourner que dans à peine 5% du territoire de Carthagène pour leur sécurité.

Le budget sur place : environ 240 000 pesos par jour pour deux

  • Hébergement : 100 000 pesos pour une chambre individuelle avec salle de bains privée et petit déjeuner (Caminito Hostel), on le recommande.
  • Repas : compter 70 000 pesos par repas dans un restaurant, ce budget peut vite baisser si vous achetez des « comidas rapidas » dans la rue.

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